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Aujourd'hui, ce n'est pas un double carton que l'on vous envoie, mais deux: deux expositions, deux lieux, complices, concurrents, complémentaires et avec les mêmes règles de base, à savoir signifier les deux phases de notre rapport à l'œuvre. Ce double accrochage comprend des travaux de jeunes artistes suisses et internationaux, la plupart déjà reconnus par le milieu de l'art contemporain ou en passe de l'être. Leur point commun est de donner une forme poétique et juste à certaines questions lancinantes d'aujourd'hui. Le vernissage aura lieu le samedi 10 février 2001, d'abord à l'espace "la Plage" à 17h.00, ensuite au CAN à 19h.00. "Stupéfiant" La plage, Neuchâtel C'est un adjectif désuet, une exclamation que l'on attribuerait volontiers au 18ème siècle finissant, au 19ème romantique. La sensibilité d'alors, marquée par le sublime dépaysement de glaciers aux "gouffres effrayants", était à mille lieues de notre culte de la vitesse. Le Progrès, qui se vivait au rythme de saisons indéchiffrables, donnait à chaque avancée le poids d'un événement: Flaubert, puis Proust, changeaient la littérature, Manet la peinture... Mais
notre
corps
s'est
modifié,
et
avec
lui
notre
système
nerveux:
de
paralysé
qu'il
fut
au
contact
grandiose
de
quelque
densité
nouvelle
de
l'être,
c'est
avec
aisance
qu'il
surfe
aujourd'hui
sur
la
crête
des
modes.
L'art,
en
retard
sur
la
publicité,
est
devenu
"intéressant". Si
le
fonctionnement
interne
de
l'individu
s'est
toujours
opéré
en
réseau,
le
concept
renvoit
à
présent
au
flux
du
monde:
le
tic-tac
de
l'horloge
a
cédé
sa
place
au
circuit
de
Formule
1.
D'accélérateur
de
Progrès
qu'il
fut
jadis,
l'accident
hante
à
présent
nos
consciences
fragiles:
on
redoute
les
hackers,
les
virus.
Les
drogues
quant
à
elles,
perfides
actrices
du
réseau
intime,
semblent
les
seules
en
mesure
aujourd'hui,
avec
le
saut
à
l'élastique,
d'entretenir
le
leurre
de
la
grande
aventure
à
portée
de
main:
sons,
couleurs,
parfums...sont
certes
redistribués,
mais
l'intensité
de
cet
effet
a
beau
être
« stupéfiant »,
il
est
sans
lendemain. Francis Baudevin, qui ne laisse subsister d'une boite de médicaments que le squelette du signe, perturbe la reconnaissance du référent. Fabrizio Giannini, dont les aléatoires compositions donnent une consistance esthétique au piratage virtuel et aux pulsions télévisuelles, fait étalage de nos journées vides. Le dandysme ironique d'Ignazio Bettua, qui se joue à la fois du carrosse et de la citrouille, exacerbe la fonction de nos objets les plus ordinaires, ou les en détourne avec une insolente économie de moyens. Pendant que Francisco Da Mata réduit le sérieux rapport Pelletier en bribes de mots et en chancelantes visions, Sébastian Muniz exerce un regard pervers ou nostalgique sur nos corps réifiés. Avec « Echo », Alex Silber fait revivre la puissance de Wagner et la solitude d'Hölderlin. L'enjeu de exposition: incarner un mot dont l'actualité dans les rapports de police ne suffit à combler la disparition dans notre rapport au visible. L'espace "La Plage", qui ne compte à ce jour que quatre expositions, est un lieu rêvé, d'audace et d'expérimentation, pour fantasmer l'art de demain. Visant un public jeune, déjà familier de ce qui se déroule entre ses murs, "La Plage" base son exposition à venir sur la polysémie d'un mot: "Stupéfiant". GH
"After
effect"
CAN,
Neuchâtel Cette
exposition
se
penche
sur
le
moment
après
le
choc
visuel,
sur
les
effets
secondaires
des
différents
modèles
du
savoir.
Comme
dans
les
images
publicitaires,
du
comic
ou
du
film
hollywoodien,
le
"contemporain"
est
souvent
à
la
recherche
d'une
esthétique
du
spectaculaire.
Mais
le
choc
ne
dure
qu'un
instant.
Face
au
déferlement
de
ces
images
et
de
leurs
codes,
qui
ne
peuvent
esquiver
les
repères
culturels,
les
neuf
artistes
invités
au
CAN,
venus
de
l’Italie,
de
la
France,
de
la
Suisse,
de
l’Allemagne
et
des
Etats-Unis
inventent
de
nouvelles
stratégies
de
visibilité
de
leur
œuvre
par
l'appropriation,
la
métabolisation
et
la
recontextualisation
des
repères. Dans
la
culture
contemporaine
marquée
par
le
digital,
les
notions,
ainsi
que
les
paysages
et
les
symboles
se
transmettent
tels
des
"second-hand".
Le
conceptualisme
agonise
dans
les
signes
la
culture
pop:
« Rosalind
Krauss »
sous-titre
une
plante
hallucinogène
(Sam
Durant/
USA) ;
pour
l’engendrement
de
l’inspiration,
le
Centaure
se
réactualise
(Stefan
Banz/CH),
tandis
que
le
prince
despote
de
Machiavelli
se
met
à
l’usage
des
enfants
(Claudia
Hart/USA)
et
« Lacan »
devient
néon
d’un
hôtel
américain
(Olav
Westphalen/D). On
repense
à
cette
volonté
de
manipuler
la
pensée
jusqu’à
sa
fusion
avec
la
matrice
d’où
peut
surgit
le
musée
virtuel
(Christian
Jankowski/D).
C’est
également
l’univers
de
l’artiste
qui
se
transforme
en
archives
d’opinions,
d’envies,
des
projets
affichées
et
vendues
publiquement
(Christine
Hill/USA).
Fasciné
par
la
sphère
du
laboratoire,
le
monde
se
diffracte
dans
la
perspective
du
high
tech
(Armin
Linke/I),
jusqu’au
point
que
l’artiste
succombe
devant
le
poids
de
la
culture
(Scott
Myles/UK).
Dans
la
condition
enivrante
et
nébuleuse
du
très
contemporain,
l'œuvre
fragmentée
porte
en
soi
un
ballottement
continuel
entre
le
sens
et
le
non-sens.
En
exploitant
son
propre
rôle
et
langage,
l’artiste
revendique
la
complexité
et
l’indétermination
du
réel
et
met
en
marche
différentes
stratégies
de
communication
de
l’ironie
jusqu’à
la
parodie.
Il
en
vient
à
accepter
une
légèreté
de
la
pensée
qui
ne
surprend
plus,
car
plus
légère
elle
est,
plus
séduisantes
sont
ses
effets.
Il
en
naît
un
nouveau
type
de
pensées
nomades. La métaphore du ‘bateau ivre’, susceptible de changer de direction au gré des courants, fait figure de l’homme contemporain immergé dans la mer d’information. La question reste pourtant en suspens: comment donc réussir à se construire un canot de sauvetage en pleine mer? C’est le scénario de survie où il faut revenir à l’essentiel, prendre ce qui est nécessaire et rendre le tout plus souple, même en prenant le risque de rester franchement amateur : « do the best with what you have » (Christine Hill, Back Catalog). DB/AMR |
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