Last up-date 19.05.07

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Concert


 

"Stupéfiant"   / "After effect" 

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Aujourd'hui, ce n'est pas un double carton que l'on vous envoie, mais deux: deux expositions, deux lieux, complices, concurrents, complémentaires et avec les mêmes règles de base, à savoir signifier les deux phases de notre rapport à l'œuvre. Ce double accrochage comprend des travaux de jeunes artistes suisses et internationaux, la plupart déjà reconnus par le milieu de l'art contemporain ou en passe de l'être. Leur point commun est de donner une forme poétique et juste à certaines questions lancinantes d'aujourd'hui. Le vernissage aura lieu le samedi 10 février 2001, d'abord à l'espace "la Plage" à 17h.00, ensuite au CAN à 19h.00.

"Stupéfiant" La plage, Neuchâtel

C'est un adjectif désuet, une exclamation que l'on attribuerait volontiers au 18ème siècle finissant, au 19ème romantique. La sensibilité d'alors, marquée par le sublime dépaysement de glaciers aux "gouffres effrayants", était à mille lieues de notre culte de la vitesse. Le Progrès, qui se vivait au rythme de saisons indéchiffrables, donnait à chaque avancée le poids d'un événement: Flaubert, puis Proust, changeaient la littérature, Manet la peinture...

Mais notre corps s'est modifié, et avec lui notre système nerveux: de paralysé qu'il fut au contact grandiose de quelque densité nouvelle de l'être, c'est avec aisance qu'il surfe aujourd'hui sur la crête des modes. L'art, en retard sur la publicité, est devenu "intéressant".

Si le fonctionnement interne de l'individu s'est toujours opéré en réseau, le concept renvoit à présent au flux du monde: le tic-tac de l'horloge a cédé sa place au circuit de Formule 1. D'accélérateur de Progrès qu'il fut jadis, l'accident hante à présent nos consciences fragiles: on redoute les hackers, les virus. Les drogues quant à elles, perfides actrices du réseau intime, semblent les seules en mesure aujourd'hui, avec le saut à l'élastique, d'entretenir le leurre de la grande aventure à portée de main: sons, couleurs, parfums...sont certes redistribués, mais l'intensité de cet effet a beau être « stupéfiant », il est sans lendemain.

Francis Baudevin, qui ne laisse subsister d'une boite de médicaments que le squelette du signe, perturbe la reconnaissance du référent. Fabrizio Giannini, dont les aléatoires compositions donnent une consistance esthétique au piratage virtuel et aux pulsions télévisuelles, fait étalage de nos journées vides. Le dandysme ironique d'Ignazio Bettua, qui se joue à la fois du carrosse et de la citrouille, exacerbe la fonction de nos objets les plus ordinaires, ou les en détourne avec une insolente économie de moyens. Pendant que Francisco Da Mata réduit le sérieux rapport Pelletier en bribes de mots et en chancelantes visions, Sébastian Muniz exerce un regard pervers ou nostalgique sur nos corps réifiés. Avec « Echo », Alex Silber fait revivre la puissance de Wagner et la solitude d'Hölderlin. L'enjeu de exposition: incarner un mot dont l'actualité dans les rapports de police ne suffit à combler la disparition dans notre rapport au visible.

L'espace "La Plage", qui ne compte à ce jour que quatre expositions, est un lieu rêvé, d'audace et d'expérimentation, pour fantasmer l'art de demain. Visant un public jeune, déjà familier de ce qui se déroule entre ses murs, "La Plage" base son exposition à venir sur la polysémie d'un mot: "Stupéfiant".                                     GH


"After effect"  CAN, Neuchâtel

Cette exposition se penche sur le moment après le choc visuel, sur les effets secondaires des différents modèles du savoir. Comme dans les images publicitaires, du comic ou du film hollywoodien, le "contemporain" est souvent à la recherche d'une esthétique du spectaculaire. Mais le choc ne dure qu'un instant. Face au déferlement de ces images et de leurs codes, qui ne peuvent esquiver les repères culturels, les neuf artistes invités au CAN, venus de l’Italie, de la France, de la Suisse, de l’Allemagne et des Etats-Unis inventent de nouvelles stratégies de visibilité de leur œuvre par l'appropriation, la métabolisation et la recontextualisation des repères.

 Dans la culture contemporaine marquée par le digital, les notions, ainsi que les paysages et les symboles se transmettent tels des "second-hand". Le conceptualisme agonise dans les signes la culture pop: « Rosalind Krauss » sous-titre une plante hallucinogène (Sam Durant/ USA) ; pour l’engendrement de l’inspiration, le Centaure se réactualise (Stefan Banz/CH), tandis que le prince despote de Machiavelli se met à l’usage des enfants (Claudia Hart/USA) et « Lacan » devient néon d’un hôtel américain (Olav Westphalen/D).

 On repense à cette volonté de manipuler la pensée jusqu’à sa fusion avec la matrice d’où peut surgit le musée virtuel (Christian Jankowski/D). C’est également l’univers de l’artiste qui se transforme en archives d’opinions, d’envies, des projets affichées et vendues publiquement (Christine Hill/USA). Fasciné par la sphère du laboratoire, le monde se diffracte dans la perspective du high tech (Armin Linke/I),  jusqu’au point que l’artiste succombe devant le poids de la culture (Scott Myles/UK).

  Dans la condition enivrante et nébuleuse du très contemporain, l'œuvre fragmentée porte en soi un ballottement continuel entre le sens et le non-sens. En exploitant son propre rôle et langage, l’artiste revendique la complexité et l’indétermination du réel et met en marche différentes stratégies de communication de l’ironie jusqu’à la parodie. Il en vient à accepter une légèreté de la pensée qui ne surprend plus, car plus légère elle est, plus séduisantes sont ses effets. Il en naît un nouveau type de pensées nomades.

 La métaphore du ‘bateau ivre’, susceptible de changer de direction au gré des courants, fait figure de l’homme contemporain immergé dans la mer d’information. La question reste pourtant en suspens: comment donc réussir à se construire un canot de sauvetage en pleine mer? C’est le scénario de survie où il faut revenir à l’essentiel, prendre ce qui est nécessaire et rendre le tout plus souple, même en prenant le risque de rester franchement amateur : « do the best with what you have » (Christine Hill, Back Catalog).                                                  DB/AMR