Last up-date 19.05.07

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"hypermétrope"

« Ni le vide n’existe comme néant, ni le plein comme pleinitude » (Marc Le Bot)

La myopie, chaos dans lequel le corps perd ses frontières, ressassement du trouble, de l’informe, est introspective. L’hypermétropie en revanche, qualité de « qui ne distingue pas avec netteté les objets très rapprochés », offre une saisie du monde par-dessus la mer de brouillard, des habitudes, au-delà des gênes que ménage la contrainte et le respect des codes. Elle est prospective.

L’artiste qui choisit l’hypermétropie comme dimension de son travail, postule un monde qui soit comme une succession d’images dont les bords, mal définis, dessinent une frontière trouble avec le proche. Il donne au passage de son corps au monde perçu, et de celui-ci à son corps, le rapport de l’eau à la vague : de la surface uniforme émerge, puis se renouvelle, ce qui pourtant ne s’en détache. Ainsi de l’identité de l’hypermétrope, qui, tenue dans l’ombre, est pourtant ce qui, toujours, hante ses images. A celui-ci, le visible apparaît comme une projection, où tout se règle dans les marges, les allées et les venues, l’échange continu des vides et des pleins, le renouvellement de la lumière (qui est aussi celle de l’esprit). Tout ce que voit l’hypermétrope, il le voit à distance, et cette distance, elle l’englobe lui aussi. D’abord physique, elle entretient pourtant un rapport lointain avec celle, métaphorique, que thématisait la philosophie idéaliste (éloignement de l’homme d’avec l’âme de la nature). Cependant, l’artiste hypermétrope est contemporain de sa vision. Sil maintient, à l’ère postmoderne, le concept d’éloignement (de perte), c’est en le laïcisant : il l’englobe dans un programme qui fait de la trace l’instrumentalisation d’un concept.

L’hypermétrope transcende les « modes ». Les toiles de Luc Andrié, par exemple, « centres d’accueil » d’un proche parasite formé des lieux communs du dessin occidental et des clichés de l’imagerie populaire, constituent, simultanément, le cadre d’une vision.

L’hypermétropie de Marc Bauer est celle du traducteur, de l’interprète. S’il part de l’abstraction du corps des mots et des images, réalité visible, c’est pour en faire les véhicules d’une idée : l’invention autobiographique.

Chez Alexia Walther, l’intimité confuse, le huis clos, le théâtre visible de sentiments invisibles, sont une métaphore des liens qui se nouent, se dénouent, liant et déliant l’Humanité à elle-même.

Avec ses « exercices », Martin Widmer investit l’esthétique «néo-pop » de la consommation d’un ascétisme qui, lointain écho à Saint-Ignace de Loyola, associe regard et expérience.

Cette exposition collective, collection de regards individuels, entend révéler les pans mobiles d’un lieu à la fois réel et imaginaire, capable de transporter l’esprit devant son seuil dont il devienne, en même temps, la racine, la cause et la justification. Devant une image qui affirme son cadre en l’englobant dans son hors-cadre, tout autour d’elle, dans l’énigme qu’elle constitue et à laquelle il aura, en la faisant sienne, à donner une perspective.

                                                                                                Gauthier Huber

                                                                               (dir. artistique espace La Plage)